Dialogue intime entre l’extérieur et l’intérieur d’une forme
Le Kurinuki est une technique de céramique japonaise née à l’époque d’Edo (1603-1868). À l’origine, elle fut développée pour la réalisation des objets destinés à accompagner la cérémonie du thé.
Depuis 2004, mon travail de sculpture explore la frontière entre le monde visible et le monde invisible. Au travers de la céramique, je m’intéresse à la création d’objets transitionnels, porteurs d’une dimension symbolique et spirituelle au Japon. En découvrant la technique du Kurinuki à Tokyo en 2017, j’ai eu le sentiment d’effleurer quelque chose de l’âme japonaise.
Cette technique se situait à la croisée de mon chemin de sculpteure et de céramiste. Par son approche instinctive et spontanée, elle me permet de faire émerger des formes asymétriques, imparfaites et personnelles, impossibles à obtenir par d’autres procédés.
Le Kurinuki est également un éloge de la lenteur et de l’imperfection, rejoignant ainsi l’esprit du Wabi-Sabi. Au-delà d’une simple méthode de fabrication, il porte une dimension contemplative et spirituelle. Il ouvre un espace d’exploration de l’invisible et m’invite à considérer le vide comme une présence. Dans la pensée du bouddhisme zen, le plein peut être compris comme le monde visible, tandis que le vide est un espace de silence, de respiration et d’accueil de l’invisible.
Il repose sur un principe de soustraction : retirer la matière pour révéler la forme. À partir d’une masse d’argile qui a déjà commencé son séchage, on vient retirer la matière pour révéler une forme. Le geste est lent, attentif ; le frottement de la mirette sur la terre devient un son hypnotique dans un espace-temps étiré. La matière résiste, répond et guide. Cette pratique instaure un dialogue intime entre l’intérieur et l’extérieur d’une forme.
Elle met également en présence les forces contraires qui nous habitent : le plein et le vide, la présence et l’absence, la maîtrise et le lâcher-prise.
Pour moi, le Kurinuki est plus qu’une technique. C’est une manière d’habiter le temps, une expérience de la transformation, une voie silencieuse où la matière devient le lieu d’une rencontre entre les deux mondes visible et invisible.